Sherman, de Jean-Pierre Andrevon

Cela fait un moment que je lorgne sur le catalogue (plutôt riche !) des éditions Multivers, très intrigué par les couvertures à illustration ronde, comme clin d’œil à la collection Présence du futur de chez Denoël. Coup du hasard, c’est grâce à un petit mail de Julien contenant une proposition des plus alléchantes que j’ai pu lire mon premier roman issu de leur collection fantastique.

Capture d’écran 2016-02-05 à 15.17.01Octobre 1944 : six jeunes miliciens français égarés dans la forêt vosgienne surprennent au bivouac les équipiers d’un char isolé de la 2e DB — un Sherman — et les assassinent sauvagement.
Octobre 1988 : les ex-miliciens sont devenus des petits bourgeois respectables, avec un passé usurpé de résistants. Un jour, deux d’entre eux reviennent par hasard sur le lieu de leur crime de jeunesse. Sans le vouloir, ils ont réveillé « le loup qui dormait » : à quarante ans de distance le Sherman ressuscite et entreprend de venger ses malheureux équipiers. Traqués et débusqués un à un, les meurtriers périront dans des souffrances barbares au terme d’un suspense qui leur fera attendre la mort comme une délivrance.
Le roman de Jean-Pierre Andrevon est la superbe mise en scéne, glacée et implacable, d’une mise à mort. Construit comme Duel, le film qui a révélé Spielberg, le récit donne à la résurrection du char une crédibilité angoissante. A chaque page on se prend à dire : « Et si c’était vrai ? »

Alors le numérique, c’est vrai, c’était pas ma tasse de thé jusqu’à présent. J’ai même mis beaucoup de temps à acquérir une liseuse. Mon blocage principal ? La perte de l’objet livre et du lien (très important pour moi) avec la couverture, l’écrin. Finalement, tous ces a priori se sont avérés être du grand n’importe quoi dès les premiers tests. C’est une lecture différente, tout simplement, mais le plaisir est égalé.

Avec Sherman, je passais un cap. Fini les textes courts, place au roman et donc à une lecture longue sur la Kobo. RAS ! Je me suis laissé emporté comme avec n’importe quel livre « physique », après avoir trouvé les bons réglages.

Mais revenons à nos moutons et à ce roman, que je ne connaissais pas, de Jean-Pierre Andrevon. Un roman qui n’est plus édité depuis une petite dizaine d’année si je ne dit pas de bêtise et qui trouve une seconde jeunesse grâce à Multivers.

C’est le résumé de 4e de couverture qui m’a attiré en premier. Un résumé qui pourrait prêter à sourire lorsqu’on lit la dernière phrase. « La résurrection d’un char » ? Rien que ça ? Mais au fil de la lecture Andrevon efface rapidement ce sentiment et nous met dans une ambiance très particulière. Plus que Duel de Matheson, j’ai surtout pensé à Christine de Stephen King. Un véhicule hanté, vengeur, sous emprise maléfique, que rien n’arrêtera.
Le point de départ, la référence historique aux milices de la seconde guerre mondiale et le carnage de l’équipage du Sherman, font toute la force de ce roman (et des personnages !). Forcément, ça va donner une teinte au roman et lui apporter cette obscurité qui perdurera jusqu’à la dernière chasse.
Sherman est extrêmement bien écrit. Dès les premières pages les descriptions sont froides et méticuleuses et le mécanisme, la suite logique des événements, semble implacable. Soyons honnête, on sait très bien ce qu’il va se passer dès le début et on attend avec une certaine impatience la première rencontre entre le char et un des miliciens. Mais reste la surprise du « comment cela va se passer ? ». Et là aussi Andrevon est à la hauteur des grands auteurs Fantastique. Quasi hallucinatoire, on se demande constamment où se trouve la limite entre réalité et cauchemar.
Le tout dans une ambiance à couper au couteau comme dans un bon vieux film de slasher des années 80 qui sentirait la gauloise Maïs. Jubilatoire !

Merci à Multivers éditions et à Julien Vanderhaeghen de m’avoir permis de découvrir ce roman. 😉

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