Le syndrome [E], de Franck Thilliez

Comme déjà annoncé, je me suis lancé dans la lecture des 7 romans reprenant les personnages récurrents de Thilliez. Avec ce cinquième récit, Thilliez fait en sorte que ses deux flics, Henebelle et Sharko, se retrouvent et mènent enquête commune.
À lire des romans du même auteur, avec des personnages que l’on commence à bien connaitre, il y a toujours le risque d’être déçu, d’avoir un bouquin de moins bonne qualité que les précédents, un récit moins bien construit. Et bien je peux vous assurer que ce n’est pas le cas avec Le syndrome [E].

L’intrigue débute sur les chapeaux de roues. Un jeune fan de cinéma perd la vue en regardant une vieille bobine tout juste acheté chez un collectionneur en Belgique. Tant bien que mal, il réussit à attraper son téléphone pour appeler les secours. Il cherche maladroitement un numéro. ce sera celui de Lucie Henebelle, lieutenant de police à Lille. En parallèle, Franck Sharko est appelé sur le lieu d’une découverte macabre : 5 corps sont retrouvés le crâne ouvert, le cerveau et les yeux manquant à l’appel. Ils ne le savent pas encore mais ces deux affaires sont liées.

Couverture Syndrome E Thilliez

Au début, j’ai eu un peu peur de me trouver face à un « déjà vu ». Peur de lire un ersatz de Ring. Finalement rien de tout ça. Thilliez nous offre à nouveau un roman mené tambour battant. Ça va vite, très vite. Tout est très efficace dans son écriture, très incisive, très cinématographique (il ne faut pas oublier pas que Thilliez est un féru de cinéma d’ailleurs !). Et c’est très plaisant.

Pour tout vous dire j’avais une certaine hâte de voir la confrontation des deux « gueules cassées » que sont Lucie Henebelle et Franck Sharko, voir comment ces deux personnages si « palpables », si proches l’un de l’autre de part leurs fêlures, allaient pouvoir cohabiter. Surtout sur une affaire pareille. Et Thilliez s’en sort extrêmement bien. Chacun d’eux, par l’entremise de « voix off », va exprimer sa vision de l’autre, se rendre compte à quel point ils ne sont pas si différents que ça malgré l’écart d’âge et le vécu de chacun.

« Sharko plongea dans le mince rapport que lui avait fourni son chef. Lucie Henebelle. […] Il avait le sentiment de lire sa propre histoire. »

Avec Le syndrome [E], Thilliez tente de jouer dans la cours des grands, de se mesurer aux plus expérimentés. Impossible de ne pas se référer à certains auteurs américains de polar et thriller. Je pense notamment à Connelly pour certains aspects, le mélange entre dureté et fragilité des personnages par exemple. Ce récit, par rapport aux 4 premiers, est dans une toute autre dimension, sans nul doute. Il marque pour moi une vraie rupture dans son travail.

Et pourtant il réside de nombreux points communs, de fils conducteurs. Ici il s’agit à nouveau d’un roman centré sur les mécanismes du cerveau. Attention, à la différence de La mémoire fantôme, ici Franck Thilliez cherche à percer les mystères qui lient notre vision à notre cerveau. On parle alors de cécité hystérique, de contamination visuelle, d’hystérie collective. Il va même jusqu’à proposer les origines de la violence de certains événements historiques meurtriers basées sur ce fameux Syndrome E.

« Il ne voulait pas seulement provoquer ou choquer par l’image. Il a toujours souhaité que l’image agisse sur le comportement humain. »

Comme d’habitude avec Franck Thilliez, Le syndrome E se lit très très ?vite. Il a l’art et la manière de nous happer et de ne pas nous lâcher. C’est à nouveau un roman très documenté et c’est peut-être aussi ce qui fait qu’il nous est difficile de prendre du recul. Je pense par exemple à l’histoire des orphelins de Duplessis.

Malgré tout (une fois n’est pas coutume), même si l’idée générale de l’intrigue est rondement menée, l’histoire souffre de quelques faiblesses. L’intrigue tourne un peu vite à la théorie du complot, la scène dans le désert est un peu « too much » à mon goût et on peut déplorer aussi la rapidité du changement de relation entre de nos personnages clés. Dommage.

Et puis il y a ce clap de fin, ou plutôt cette « claque de fin ». Ce dernier paragraphe qui fait que vous ne vous en remettez toujours pas une fois le livre refermé. Et là vous vous dites qu’il est près de minuit et qu’aucune librairie n’est ouverte pour vous permettre de vous procurer… le tome suivant : Gataca.

 

 

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