La mémoire fantôme, de Franck Thilliez

Il s’agit là du 4e roman de  Franck Thilliez que j’ai le plaisir de lire. Le second avec Lucie Hennebelle comme enquêtrice (la suite de La chambre des morts). Et tout ceci reste très efficace : des personnages tout en épaisseur, une noirceur constante, un rythme haletant mais maitrisé et un sujet… improbable.
Imaginez. Votre témoin, la clé de toute l’énigme, perd la mémoire immédiate toutes les 4 minutes. Difficile dans ces conditions de mener une enquête de manière « conventionnelle ».

Comme beaucoup je pense, je me suis laissé surprendre par ce récit qui se dévore littéralement et nous tient en haleine jusqu’aux toutes dernières pages. Il nous manipule tout au Long du roman, nous forçant à nous focaliser sur un personnage puis un autre. Un vrai tour de passe passe.
Pourtant, c’est un roman plutôt classique dans sa construction. Attention ce n’est pas péjoratif ! Ce que je veux dire c’est qu’il est dans les canons, les règles de l’art du polar et du thriller. Ce qui, pour moi, fait toute la différence avec d’autres romans, ce sont les personnages, tous plus abîmés les uns que les autres par la vie. À la limite de la psychiatrie par moment. Bien loin des clichés, des flics « clopards » et alcooliques. Et Hennebelle ne faillit pas à la recette. C’est d’ailleurs avec ce roman que Thilliez nous amène les réponses au mystère entourant Lucie dans La chambre des morts. (Vous vous souvenez de la petite armoire aux vitres teintées ?)

« Nous sommes les sous-sols de la société, cher lieutenant, les zones de stockage des laissés-pour-compte. Et la psychiatrie est malheureusement encore trop souvent le moyen de s’en débarrasser en toute discrétion. »

Comme je l’explique déjà dans ma (toute) petite critique de Train d’enfer pour ange rouge sur Babelio, Franck Thilliez est un forçat ultra documenté.  Ici, à nouveau, il le prouve avec un roman qui laisse transparaitre un énorme travaille de recherche sur des sujets très techniques et complexes : le cerveau, ou plus précisément la mémoire (jusqu’à ses limites les plus dévastatrices), et les maths. Il ne laisse rien au hasard, surement une malformation professionnelle de l’ingénieur informaticien qu’il a été.

Ah et puis il y a les énigmes qui parsèment le court de l’histoire. Un petit jeu amusant dans lequel vous tomberez très certainement. Un exemple ? ok : Un nautile pèse 200 gr, sa coquille pèse 100 gr de plus que le mollusque. Combien pèse le mollusque ? Alors ?

Si la thématique de la perte de mémoire à court terme vous intrigue, vous pouvez prolonger l’expérience avec un film en passe de devenir culte : Memento de Christopher Nolan

Parlons peu, parlons couv’ !

3 couvertures se sont succédées au fil des éditions. La version « Nautile » est la dernière en date et marque une refonte graphique complète pour la série « Thilliez » opérée par Pocket. Et je dois avouer que ce n’est pas pour me déplaire. Les couvertures misent désormais sur la sobriété et le minimalisme (un élément visuel en rapport avec le récit, un fond noir qui booste la lecture du titre rouge, le nom de l’auteur en surbrillance,…), le moins que l’on puisse dire c’est que c’est efficace.

Je trouve que cette dernière version est bien plus en adéquation avec le sujet et l’intrigue générale du roman (chacun sait que le nautile représente la perfection en mathématique, j’ai nommé le nombre d’or). C’est donc une très bonne initiative de la part de Pocket de redonner un petit coup de frais et surtout d’être dans l’air du temps. Quand on regarde la version précédente (celle dans les tons « jaune qui a tourné ») on se dit que le graphiste en charge, à l’époque, n’est pas allé plus loin que les premiers chapitres et la folle course de Manon dans la forêt. Alors, vous me direz « qu’il faut aller plus loin, qu’il faut chercher la signification, le sens de l’image »… Mouais… je pourrais alors vous parler des arbres sans feuilles, tous plus agressifs les uns que les autres, de la femme qui regarde derrière elle si quelqu’un ne la suit pas et vous dire que cette version est bien trop narrative à mes yeux. La 3e (issue de la première édition) peut paraître plus énigmatique. La fenêtre cassée rappelle une toile d’araignée, une spirale. Elle peut aussi suggérer la complexité de la constitution de notre cerveau. Cette dernière version se rapproche assez de ce que je peux attendre d’une couverture mais, finalement, ne m’attire pas plus que cela.

 

Sur ce je vous souhaite une bonne lecture !

 

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