[Gataca], de Franck Thilliez

« L’ évolution est une exception. La règle, c’est l’extinction.
Une jeune scientifique spécialiste de l évolution des espèces, retrouvée morte, attaquée par un primate.
Onze hommes derrière les barreaux. Leurs points communs : tous ont commis des crimes barbares et tous sont… gauchers.
Enfin, la découverte d une famille de Néandertaliens assassinée par un Cro-Magnon. Quel est le rapport entre ces affaires et des crimes éloignés de 30 000 ans ? La clé est dans ces quelques lettres : GATACA… » Voilà les quelques lignes que l’on peut lire sur la quatrième de couverture.

Couverture de Gataca de Thilliez

Nous sommes un an après la fin (éprouvante) du Syndrome [E], premier tome d’un diptyque sur la violence. Lucie Hennebelle a quitté la police après un drame qui l’a frappé de plein fouet : le kidnapping de ses filles et le meurtre de l’une d’elles, Clara. Elle survit, au jour le jour, de petits boulots inintéressants. Franck Sharko, lui, est retourné à la criminelle pour éviter de penser et de sombrer… Tous les deux ne se voient plus. Lucie reprochant à Franck la disparition de ses filles. Franck ayant du mal à vivre avec la mort de Clara sur la conscience. Mais une affaire reliant le meurtre d’une jeune scientifique par une femelle chimpanzé et le tueur de Clara, va les rapprocher. Finalement ils vont mener enquête commune, clandestine, souvent de manière « peu catholique ».

Comme le dit très bien Thilliez dans la postface de [Gataca], le Syndrome [E] abordait le principe de propagation de la violence dans notre société actuelle, alors que [Gataca] se recentre vraiment sur la naissance même de cette violence, ses origines, en allant jusqu’à émettre l’hypothèse qu’une partie de celle-ci se cache dans nos gènes.

Avant de continuer, il faut d’abord que je vous dise que le père que je suis s’est fait remuer par ce roman. Le drame de Lucie m’a touché au plus profond. Plusieurs fois je me suis demandé comment il est possible de vivre en ayant perdu son enfant. Avec ce second tome Thilliez ne fait pas dans la demie mesure avec ses personnages principaux. Il les maltraite, les pousse dans leur derniers retranchements… et le lecteur avec.

Avec cet opus, on sent bien que Thilliez maitrise de plus en plus son duo de flics Hennebelle et Sharko. Au fil des récits, ils sont tous deux de plus en plus borderline, près à craquer au moindre surplus d’adrénaline. Ils sont en pleine dérive, brisant les barrières et dépassant les limites de la déontologie et du légal.

« Depuis le drame, j’ai franchi la barrière commandant. Je fais partie de celles que nous avons côtoyées sans jamais vraiment nous en soucier : les victimes. »

« Ils étaient pareils, tous les deux. Des êtres fracassés, bléssés intérieurement, et au-delà des lois. »

Il s’agit là, à nouveau, d’un roman extrêmement documenté sur nombre de sujets plus techniques les uns que les autres : génome, biologie moléculaire, immunologie, virologie, paléontologie, génétique, évolution, écologie… Passionnant !
Et c’est à travers ses personnages que Thilliez nous transmet ses connaissances qu’il a accumulé. Par les dialogues et l’enquête.

« Pour la première fois depuis la naissance de l’humanité, l’Évolution par les gènes est en retard sur l’Évolution par la culture et l’industrialisation. »

« Forêts détruites, mort des coraux, dérèglement d’écosystèmes, trou dans la couche d’ozone, trafic d’ivoire, braconnage, […] L’anéantissement de milliers, de millions d’années d’Évolution. »

Vous l’aurez compris, Franck Thilliez fait partie des auteurs qui me fascinent. Tout d’abord par la qualité de leurs récits, inébranlable même après de multiples romans. Ensuite par leur implication au sein de l’ouvrage : les recherches, les nombreuses références, leur connaissance et leur soif d’aller chercher l’explication qui va rendre l’ensemble cohérent, malgré la complexité de l’intrigue.  Mais ce qui distingue Thilliez d’autres auteurs de polar que j’ai plaisir à lire, c’est son sens du détail, de la description opportune. Rien n’est là par hasard. Et il le prouve encore une fois avec [Gataca].

 

 

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