Fiction 18

Une fois n’est pas commune je vais commencer par aborder le contenant pour la simple et bonne raison que ce numéro relance la revue, avec une nouvelle ligne éditoriale et une nouvelle maquette créée par le très bon Aurélien Police. Avec ce numéro, Fiction se pare de couleurs et d’illustrations. Rien de surprenant ici lorsqu’on connait un peu le travaille d’Aurélien, illustrateur avant tout ! (Voir plus bas)

« j’ai compris que si je voulais tirer mon épingle du jeu, il allait falloir proposer quelque chose qui aille dans une direction qui m’était un tant soit peu familière. D’où cette maquette, que j’ai qualifiée de « Rorschach », qui relève davantage de l’illustration. »1

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Pour un premier numéro, je dois dire que c’est une vraie réussite. Espérons que les suivants garderons ce dynamisme et cette poésie dans la forme.

Concernant le fond, le contenu, là aussi on nous propose un changement de direction : place au « Mook ». Comprenez  « contraction de Magazine et Book ». Ce qui permet, comme l’explique André-François Ruaud, de s’éloigner des habitudes de ce type de revue spécialisée, peut-être trop destinée aux « coutumiers » de la littérature de l’imaginaire.

« […]proposer une connivence avec le lecteur, une proximité, plutôt que de l’expertise et de la critique comme les autres revues de ce genre ­— d’où les rencontres entre deux auteurs, par exemple. »2

Alors forcément ça se ressent dans la structure même de la « Revue qui défie la gravité » qui se divise en deux parties bien distinctes. La  première partie, dite « magazine », qui nous propose deux interviews croisées qui nous permettent de découvrir ou de voir des auteurs sous un autre angle que par le biais de leur travail.Tout d’abord celle de Norman Spinrad et Ayerdhal, puis celle de Justine Niogret et Jean-Philippe Jaworski.  Cette même partie poursuit ensuite avec des articles de fond sur divers sujets. Le numéro 18 fait la part belle à la science avec une réflexion sur la reconnaissance faciale par les machines, puis au mutant. Afin de créer du lien entre les divers rubriques, Fiction propose un extrait de roman publié aux éditions ActuSF (autopromo mon amour !). Dans ce numéro il s’agit d’un extrait de Liavek, écrit par Megan Lindholm Alias Robin Hobb. Qui sera d’ailleurs l’occasion d’un billet ultérieur puisque je viens de le trouver en librairie. Enfin, un recueil de nouvelles de près de 200 pages vient boucler cet opus. Comme on ne va pas non plus s’éterniser, je ne vais vous parler que de celles que j’ai appréciées.

Trajectoire de Ken Liu : Texte emplit de douceur et de féminité, presque poétique ayant pour thématiques la recherche de la vie éternelle (immortalité ou préservation de la jeunesse) et une vraie réflexion autour de la filiation, qui est aussi une forme d’immortalité d’ailleurs. C’est un très beau récit.

« Je ferai le compte-rendu le plus complet jamais effectué du voyage du corps humain vers la mort, de cette lente et progressive perte d’illusions au profit de la  réalité toute nue de l’existence. »

400 millions d’années de réflexion de Steven Utley : Imaginez ! Vous avez désormais la possibilité de faire des voyages dans le temps et d’aller « visiter », à des fins scientifiques, le paléozoïque. C’est le sujet de base d’Utley. Mais à y regarder plus finement, c’est surtout une nouvelle qui traite des relations humaines et de la place de l’homme dans un environnement qui lui est étranger. Pas mal du tout !

Gipsy Nuke d’Estelle Faye : Récit post apocalyptique plutôt bien foutu, qui se déroule près de Tchernobyl. Les gitans font les « poubelles » du nucléaire et s’en retrouvent complètement rongés par la radioactivité. Janos est l’un d’entre eux. Il fait la rencontre de Ioulia, génétiquement modifiée. Elle ne ressent plus rien. C’est par l’intermédiaire d’une excroissance située à la base de sa nuque qu’elle peut « entrer en contact » avec ses hôtes et enfin prendre la pleine mesure de leurs émotions. Un chouette texte.

La rive d’en face d’Elisabeth Hand : Nouvelle fantastique. Philip ex danseur sort de son quotidien et part se mettre au vert. Il se retrouve dans une maison (cabane ?) à l’écart de tout. Une nuit, il fait la rencontre d’un jeune homme allongé à même le sol, recroquevillé, nu, glacé et livide. Qui est-il ? Que veut-il ? Et pourquoi tout ces oiseaux tournent autour de la maison ? Avec un début un peu longué, j’ai tout de même pris le temps de m’accrocher et je n’ai pas été déçu. Ça m’a rappelé un peu la construction d’un conte.

L’éternité dure longtemps de Sonia Quémener : Plutôt drôle, cette nouvelle est une histoire de fantôme pas comme les autres. L’auteur positionne une scientifique récemment décédée comme héroïne. Ce qui lui permet de catalyser un grand nombre de réflexion sur la vision scientifique, cartésienne de la vie dans l’au-delà : pourquoi passe-t-on à travers les murs mais peut-on marcher sur un sol ? comment fait-on pour passer traverser les personnes de chair et de sang ? etc…

Attentions je ne dis pas que les autres textes sont mauvais ! Mais ils m’ont moins porté, moins parlé, tout simplement.

En voici la liste :

  • Les Djinns funèbres de Timothée Rey
  • Pique-nique à Pentecôte de Rand B. Lee
  • DynaCostume de M.K. Hobson
  • Esprits tordus de Albert E. Cowdrey
  • Les véritables chroniques martiennes de John Sladek

 

1. Interview d’Aurélien Police sur Le site d’Actu SF

2. Interview de Jean-Jacques Régnier et André-François Ruaud sur le site d’Actu SF

Pour aller plus loin :
http://aurelienpolice.wordpress.com/
http://www.aurelienpolice.com/

Une réflexion sur “ Fiction 18 ”

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